Obligations américaines à 10 ans : un investisseur suisse doit-il acheter « le 10 ans US » aujourd’hui ?

Obligations américaines à 10 ans

Acheter des obligations américaines à 10 ans parce que “le rendement est élevé” est souvent une erreur… surtout pour un investisseur suisse. Le vrai sujet, ce n’est pas le coupon. C’est le couple duration + dollar + couverture dans un moment où les marchés traitent la politique et la géopolitique comme un risque de taux à part entière.

Le 20 janvier 2026, le 10 ans américain tourne autour de 4,29%. En face, la Suisse affiche un 10 ans Confédération à 0,317% et un USD/CHF à 0,7905. L’écart est énorme sur le papier. Dans un portefeuille en CHF, cet écart peut disparaître en pratique.

Si l’incertitude actuelle continue, alors une hausse de taux de 0,50% peut effacer 2–3 ans de coupons en quelques semaines sur une obligation à 10 ans. Voilà les enjeux.

Ce que “rendement 4,3%” veut dire (et ce que ça ne veut pas dire)

Le rendement du 10 ans US veut dire une chose simple : si vous achetez aujourd’hui et que vous gardez jusqu’à l’échéance, votre rendement annuel attendu en USD est proche de ce chiffre, hors défaut (quasi nul) et hors fiscalité.

Mais ce chiffre ne dit pas trois choses qui comptent davantage pour un Suisse : le risque de prix (duration) : à 10 ans, une variation de taux bouge fort le prix. Le risque de devise : votre performance en CHF dépend du USD/CHF. Le coût (ou le “bénéfice”) de la couverture : couvrir le dollar change totalement l’équation.

Le rendement affiché n’est pas votre rendement, surtout en francs.

Où on en est aujourd’hui : chiffres à connaître avant d’acheter

Voici les points de départ “marché” au 20 janvier 2026 : 10 ans US : ~4,29% Inflation US : 2,7% sur 12 mois (CPI), core 2,6% (données de décembre, publiées le 13 janvier 2026) SNB : taux directeur 0,00% ; SARON -0,05% 10 ans Suisse (spot 10 ans Confédération) : 0,317% USD/CHF : 0,7905

Donc oui : en nominal, le 10 ans US “paie” beaucoup plus que la Suisse. Le problème : le CHF est une devise-refuge et le coût d’un choc de change sur 10 ans est souvent sous-estimé.

Acheter le 10 ans US sans couverture : pari sur le dollar, pas sur le coupon

Sans couverture, acheter des obligations américaines à 10 ans revient à dire : “Je veux du rendement et j’accepte que le dollar décide de ma performance”.

En pratique, le résultat dépend de deux forces : 1) Taux US : si les rendements montent après votre achat, le prix baisse. 2) USD/CHF : si le dollar baisse, vos gains USD peuvent être neutralisés en CHF.

Un exemple simple (ordre de grandeur) : vous achetez un 10 ans US à ~4,29%. Le dollar perd 10% contre le franc sur votre horizon. Même si l’obligation “fait son job” en USD, vous pouvez finir négatif en CHF sur plusieurs années.

C’est brutal, mais c’est le vrai risque. Et en ce moment, le marché parle explicitement d’un “sell America trade” dans certains segments, avec baisse du dollar et volatilité de taux.

Quand ça peut être pertinent sans couverture (pour un Suisse) : vous avez des dépenses futures en USD (éducation, immobilier, business). Vous voulez diversifier un patrimoine déjà très “CHF/Europe”. Vous acceptez une volatilité en CHF comparable à des actions “calmes”.

Acheter le 10 ans US avec couverture en CHF : l’écart de rendement peut s’évaporer

Couvrir le dollar (via forwards ou swaps) réduit le risque de devise, mais ramène la performance vers la courbe CHF, parce que la couverture est gouvernée par le différentiel de taux et la demande de couverture.

Le principe, très simplifié : quand les taux USD sont plus hauts que les taux CHF, la couverture du USD coûte généralement quelque chose en rendement attendu (ou, plus précisément, elle “rend” le différentiel via le forward). Le résultat net peut ressembler à : “rendement US” moins “différentiel de taux” moins/plus “basis”.

La Banque des règlements internationaux explique comment les coûts de couverture reflètent les différentiels de taux et la cross-currency basis, et comment les investisseurs non-US ajustent activement leurs couvertures quand le dollar bouge.

Implication : un investisseur suisse qui achète du 10 ans US “hedgé CHF” doit s’attendre à un rendement beaucoup moins spectaculaire que 4,3%… parfois proche d’un rendement CHF, avec en plus le risque de duration US.

Comparatif clair : Suisse vs États-Unis (ce que vous achetez vraiment)

ChoixRendement “headline”Risque deviseSensibilité aux tauxQuand c’est logique
10 ans Suisse (Confédération)~0,317%Faible (CHF)Modérée (duration CHF)Base défensive, passif en CHF
10 ans US non couvert~4,29%Élevé (USD/CHF)Élevée (duration US)Pari assumé sur USD + baisse des taux US
10 ans US couvert CHF“4,29% – coût de couverture”FaibleÉlevéeRarement “value” en pur rendement, utile pour mandat contraint

Voici ce que l’industrie ne dira pas publiquement : la plupart des “fonds USD hedgés” vendent un chiffre, pas un résultat

Les brochures mettent “Yield 4%+” en grand. Ensuite, elles mettent en petit : coûts de couverture, coûts de roulement (roll), frais de fonds, tracking error, fiscalité et retenues selon véhicule.

Résultat : beaucoup d’investisseurs suisses achètent du 10 ans US “hedgé CHF” en pensant acheter du 4%… et se retrouvent avec une performance qui ressemble à un produit CHF à faible rendement mais avec une duration US.

Le plus inconfortable ? Les périodes où la couverture devient chère sont souvent les mêmes où vous voulez être couvert (stress, fuite vers le CHF). C’est exactement le moment où “l’assurance” coûte le plus.

L’incertitude 2026 : pourquoi le 10 ans US est devenu un actif politique

Aujourd’hui, le risque n’est pas seulement macro (inflation/croissance). Il est aussi politique : annonces de tarifs, tensions géopolitiques, et réaction des investisseurs internationaux. Plusieurs médias financiers décrivent des séances où rendements US et dollar baissent/partent dans des directions inhabituelles, signe d’un changement de régime de confiance.

Dans un tel régime : les Treasuries ne se comportent pas toujours comme “refuge” pour un investisseur européen. Le dollar peut devenir source de risque, pas d’assurance. La volatilité de taux augmente la pénalité de la duration.

Et comme l’inflation US est encore à 2,7% sur un an , le marché reste sensible à tout ce qui pourrait relancer les prix (énergie, commerce, fiscalité).

Un cadre de décision simple pour un investisseur suisse

Vous pouvez trancher sans modèle compliqué en répondant à ces 5 points : 1) Horizon réel : 6 mois, 2 ans, 10 ans ? 2) Devise de dépense : vos dépenses futures sont en CHF ou en USD ? 3) Tolérance au drawdown : acceptez-vous -8% à -12% sur une poche obligataire ? 4) Rôle dans le portefeuille : défensif, rendement, diversification, ou couverture d’un risque ? 5) Scénario dominant : baisse des taux US, stabilité, ou nouvelle hausse ?

Si vos réponses sont “CHF / défensif / je veux dormir tranquille”, le 10 ans US est rarement le meilleur outil.

Obligations américaines à 10 ans

Scénarios concrets (et ce qu’il faut acheter dans chaque cas)

Scénario A : vous pensez que les taux US vont baisser en 2026–2027

Vous achetez parce que vous voulez le gain en capital quand les rendements baissent. Dans ce cas, le 10 ans est cohérent.

Option logique : 10 ans US non couvert si vous acceptez le risque USD/CHF. Option prudente : couverture partielle (par exemple 50%) pour réduire le risque de change sans tuer toute la convexité “en USD”.

Scénario B : vous voulez juste “plus de rendement” que la Suisse

Le 10 ans US est un mauvais raccourci.

Vous prenez une duration longue + une devise étrangère (ou un coût de hedge) pour un objectif “coupon”.

Option plus propre : duration plus courte (2–5 ans) ou stratégie “barbell”, qui réduit le risque de prix.

Scénario C : vous avez un futur passif en USD

Là, le 10 ans US devient un outil de gestion actif-passif.

Option logique : acheter des Treasuries qui matchent vos échéances. Le “risque USD” n’est plus un risque, c’est un alignement.

Scénario D : vous voulez un actif refuge contre choc global

Pour un Suisse, le refuge est souvent CHF + souverain Suisse. Le 10 ans US peut jouer ce rôle… mais seulement si le dollar se comporte.

Option logique : poche CHF d’abord, puis US comme diversification secondaire.

Checklist pratique avant d’exécuter l’achat

Avant d’acheter des obligations américaines à 10 ans, faites ces vérifications (celles que les gens sautent) : couverture : oui/non/partielle ? Décidez avant l’achat, pas après une chute du dollar. Instrument : Treasury direct, ETF, fonds, mandat ? Les frais changent tout. Fiscalité : selon véhicule, retenues et traitement des coupons. Sizing : une poche 5–10% n’a pas le même impact qu’une poche 30%. Plan de sortie : à quel niveau de rendement ou de USD/CHF vous coupez / renforcez.

Verdict d’expert : oui, mais seulement si vous savez quel risque vous payez

Acheter des obligations américaines à 10 ans le 20 janvier 2026 peut être une bonne décision pour un investisseur suisse… à condition d’assumer que vous achetez un “pack” : duration US + politique + dollar.

Si vous avez des dépenses futures en USD ou une conviction forte sur le dollar, achetez du 10 ans US (non couvert ou partiellement couvert) et acceptez la volatilité. Si votre objectif est un rendement tranquille en CHF, évitez le 10 ans US : la couverture et la duration vont vous surprendre. Restez sur du CHF, ou raccourcissez la duration en USD.

Si votre patrimoine est en CHF, traitez le dollar comme un risque, pas comme un bonus.

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